Le forçat récidiviste
Le Présidial - tribunal sous l'ancien régime - de Poitiers fut créé par l'édit royal de Henri II en 1551. Comme les autres présidiaux, sa compétence était définie dans un cadre civil et pouvait également traiter certaines affaires criminelles. Son ressort territorial s'étendait du Dorat jusqu'à Fontenay-le-Comte, c'est pourquoi il n'est pas rare de trouver dans ce fonds d'archives des affaires hors de l'actuel département de la Vienne.
Le « crime » mentionné ici se déroula à proximité de Parthenay, aujourd'hui en Deux-Sèvres.
Louis TISSERAND fut arrêté en juin 1766 pour vol de draps et de rideaux de lit dans des auberges deux-sévriennes.
Cet homme de 28 ans, bourguignon de naissance et cordonnier de métier avait déjà été arrêté en 1757 pour vol de deux juments et d'une charrette vers Chalon-sur-Saône.
Le jugement de l'époque avait été sans appel : condamnation à servir neuf ans dans les galères royales. Celles-ci ayant été abolies par le roi en 1748, les galériens se trouvaient cantonnés à quai et étaient logés dans les bagnes nouvellement créés.
C'est dans celui de Brest (construit en 1751) que TISSERAND purge sa peine en tant que main d'œuvre pour le chantier naval. Le 22 Février 1766, le commissaire de la marine le « fait détacher de la chaîne et donné pleine et entière liberté ».
Son congé de forçat ici présenté nous rappelle que les bagnards de l'époque n'avaient pas le droit d'aller à Paris et dans « les lieux où sera sa Majesté », ni de rester dans la ville du bagne ou dans tous ports en contenant un. Ce document servait de pièce d'identité et de permis de circulation. Surtout il prouvait que le bagnard, alors marqué au fer des lettres « G a l » avait bien accompli sa peine.
Notre homme parti donc de Brest et alla de village en village en mendiant sa nourriture. Cinq mois plus tard, il est arrêté par des « Huissiers de Saint-Maixant », puis transporté à Poitiers pour y être jugé.
En juin 1767, il est condamné aux galères à perpétuité non sans être tout d'abord flagellé et marqué au fer (une deuxième fois) sur la place de Notre-Dame-la-Grande.
On ne sait pas s' il fut emprisonné à Rochefort ou renvoyé à Brest dans ce même bagne qu‘il avait quitté 18 mois auparavant. Dans le premier cas, il dut alors participer à la construction d'un des fleurons de la marine royale : l'Hermione et dans le deuxième cas, peut-être aura t-il croisé un illustre bagnard en la personne de Vidocq...








