Fragment du Roman de Tristan en prose...
Bon nombre de manuscrits du Moyen-âge conservés dans les fonds des Archives départementales sont utilisés à des fins historiques, personnelles ou familiales.
Souvent transcrits par des historiens et des universitaires, la consultation de ces originaux (soumise pour certains à une demande d'autorisation en raison de leur fragilité) ne semble plus d'une nécessité absolue.
Toutefois, certaines pièces méritent une attention « esthétique » toute particulière. C'est le cas de ce fragment du Roman de Tristan en prose.
Considéré comme un des plus grands romans du 13ème siècle, le Roman de Tristan en prose reprend l'antique histoire de Tristan et Iseult et l'intègre à un roman de chevalerie dans la lignée des légendes Arthuriennes.
Si cette histoire a été largement diffusée sous forme manuscrite puis imprimée, les feuillets conservés aux Archives départementales de la Vienne semblent datés du tout début du 14ème siècle. Le document mesure 37 cm sur 61 et chaque feuillet est divisé en 3 colonnes dont les réglures sont restées apparentes. Il s'agit là d'un manuscrit de luxe comportant une illustration et un système de paragraphes organisés avec des lettrines.
La particularité de ce fragment réside dans sa réutilisation en tant que reliure d'un registre du Présidial (a priori celui de Poitiers) vers 1765. Il n'était pas rare en effet de réutiliser des documents sur parchemin pour des raisons d'économie : le parchemin coûtant très cher, certains ouvrages étaient des sources de matières premières pour les relieurs de l'époque dont la préservation des documents originaux était le dernier des soucis.
Son mauvais état général est principalement dû aux différentes manipulations du registre dont elle faisait la couverture. On a pu tout de même la dater de 1300-1310, son origine serait parisienne et pourrait être concomitante à une version du Conte de Graal de Chrétien de Troyes conservée à la BNF.
Précédée de la mention « Ci devise comment Tristan fu armez sanz elme et sanz escu et tient un cor dont si corne et sont ses chien entor li », elle représente trois chevaliers dans une forêt. Le chevalier sonnant du cor vert est Tristan, les deux autres sembleraient être Dinadan et Palamède, tous deux chevaliers de la table ronde.
Source : Le roman de Tristan en prose, tome 1, Philippe Ménard, 1987
Des Tristan en vers au Tristan en prose, Françoise Vielliard, 2009








